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Les scénarios dans des univers imaginaires - Parole de proBlog Lignes et Formations
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Suite à l’une de mes corrections, un élève du cursus BD m’a demandé des éclaircissements sur son travail de scénarisation. Je vous partage cette réponse qui intéresse tous ceux qui font évoluer leurs personnages dans des univers imaginaires, comme la Fantasy. Mais cette réflexion est également intéressante dans tout type d’histoire.

Tout d’abord je me permets de vous conseiller cet excellent ouvrage, d’un auteur reconnu :

livre reference

https://www.bragelonne.fr/livres/View/comment-ecrire-de-la-fantasy-et-de-la-science-fiction

Je vous rappelle également que j’ai développé un mémo en 50 points importants sur le scénario suite à la lecture de plusieurs livres :

http://holomoon.over-blog.com/2014/12/322-points-essentiels-sur-le-scenario.html

Voici une réponse en plusieurs points :

Scénariser une histoire, c’est beaucoup de travail d’écriture et de ré-écriture.

Je regardais hier la présentation d’un film classique, adapté d’un célèbre roman. 66 scénarios successifs ont été écrits avant le scénario final. Et pourtant, il y avait déjà une trame bien précise dans le roman. Donc, le fait de ne pas arriver tout de suite à un résultat parfait est tout à fait normal.

Chaque projet scénaristique possède sa propre vie, sa propre énergie.

Lorsqu’il ya eu 66 scénarios avant une finalisation, ne pensez pas que c’est la même personne qui a écrit ces versions ! Le mieux est l’ennemi du bien. Vouloir améliorer c’est positif, mais, dans tous les domaines de la bd, il y a ce que l’on peut faire aujourd’hui, et comment on pourrait le faire beaucoup mieux dans 1 mois, 1 an, 3 ans. Il faut donc aussi savoir accepter des défauts, parce que, pour une raison ou une autre, nous ne sommes pas mûrs pour une autre étape.

On peut aussi travailler beaucoup sur un projet qui n’aboutira jamais, mais qui nous permettra d’avancer beaucoup plus vite sur le projet suivant. L’histoire de la bd, des romans, du cinéma ou du théâtre est pleine de ces exemples… Sachant qu’il est très difficile d’avoir un sain recul sur notre production immédiate. Et il y a un moment où l’on a épuisé le sujet, où s’acharner risque de ne plus rien produire de vraiment positif. Quitte à reprendre le projet des années plus tard, et d’avoir un œil neuf sur celui-ci.

Un véritable scénariste est en tout cas quelqu’un qui n’est pas fixé sur un seul sujet. Même s’il a l’un de ses projets qui lui tient plus à cœur, c’est quelqu’un qui a de grandes capacités d’adaptation à de nombreux sujets.

Sachez trier les avis qu’on vous donne

Je vous donne des conseils, mais vous devez tout de même garder votre libre-arbitre. J’essaie de mettre mes goûts le plus possible de côté, mais il est évident que je vais être tout de même influencé par eux, de même que chaque personne un peu qualifiée dans ce domaine qui peut être amenée à lire votre projet.
Par contre, lisant beaucoup de scénarios dans mon activité de professeur, je me retrouve confronté à des schémas très redondants dans certaines histoires, c’est-à-dire dans la même position qu’un éditeur qui peut être lassé de voir arriver la énième variation sur Alien par exemple.

Pourquoi éviter les scénarios « Jeux Vidéos » ? Suspense ou Surprise ?

Qu’est-ce qu’un schéma très « jeu vidéo » ou jeu de rôle ? Dès le départ on propose un choix au héros à son réveil, comme on le fait dans un jeu, puis c’est une succession d’augmentation de ses pouvoirs. Même si vous avez placé une trame psychologique, ce qui apparaît le plus, c’est le schéma « gamer ».
Au fait, pourquoi est-ce gênant ? Il s’agit d’un choix entre la surprise ou le suspense qui va conditionner beaucoup d’éléments.
On peut se reporter à la célèbre interview d’Hitchcock par François Truffaut, objet d’un livre et que vous pouvez même écouter ici (mais prévoyez des heures !)
http://www.afsi.eu/blog/yves-capus/les-entretiens-originaux-hitchcock-truffaut-sont-en-ligne

Que nous dit « Hitch » ? Deux types de scénarios possibles :

Version A : Le héros marche dans la rue, flânant, faisant du lèche-vitrine, discutant avec son téléphone portable, l’autre main dans sa poche, désarmé. Tout à coup des inconnus l’agressent violemment avec des couteaux. Bagarre, il s’en sort miraculeusement.

– Le spectateur/lecteur ne s’attendait pas à cette attaque, il vit la même surprise que le héros, mais toute la première partie, là où le héros marchait dans la rue, le lecteur ne vit pas d’émotion.

Hitchcock, nous parle ici d’un scénario basé sur la seule surprise, mais, pour sa part, il affectionne le deuxième choix : scénario suspense, où la surprise n’est plus liée à l’événement. Et chacun sait qu’Alfred Hitchcock est le maître du suspense.

Version B : Le héros marche dans la rue, mais, simultanément, on présente au spectateur/lecteur les agresseurs qui préparent leurs armes et attendent le héros. On est alors pris d’empathie pour le héros, on a envie qu’il change de chemin, plus il parle de choses insignifiantes au téléphone, plus on a envie de lui crier de faire attention ! De retirer son autre main de sa poche, pour qu’il puisse se défendre un minimum !

C’est donc l’apparition du suspense : nous savons qu’il va y avoir une attaque, et nous nous demandons comment le héros va s’en sortir… ou pas. Là où les premières minutes n’avaient pas d’intérêt dramatique dans la première version, maintenant elles sont devenues palpitantes ! C’est au détriment du pur effet de surprise, mais l’effet de surprise est quelque chose de passager au contraire du suspense. En fait Hitchcock va essayer de nous surprendre par la façon dont le héros va se sortir d’une situation dangereuse, pas par la situation en elle-même.

Pourquoi le scénario de Fantasy peut-il devenir ennuyeux ?

Dans un scénario Fantasy, dans un monde de magie, vous devez absolument vous poser cette problématique « surprise/suspense » si vous désirez que le lecteur vibre avec votre histoire.

Car, si à chaque fois que ce héros est confronté à une nouvelle difficulté, on se rend compte qu’en fait il avait une ressource cachée, on est dans la surprise, le « bonus » du jeu vidéo (j’ai vaincu tel adversaire, ma force est multipliée par 2, j’ai vaincu le « mage noir », hop, je récupère son pouvoir magique, etc.).

Si, au contraire, le héros a la possibilité d’utiliser un pouvoir que le lecteur connaît, mais que cette possibilité est entravée par un élément, vous créez du suspense, le lecteur devient lui aussi acteur de l’histoire, alors « vous mettez ce lecteur dans votre poche ».

À vous de choisir, mais n’oubliez jamais que jouer à un jeu vidéo c’est être certain de vivre dans l’adrénaline quelques minutes, mais que regarder jouer quelqu’un à un jeu vidéo est d’un ennui …mortel.

Jean-Paul Aussel

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    Publié par : le 03 Juin 2015

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