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Crowdsourcing, pendant les travaux, les soldes continuent… - Parole de proBlog Lignes et Formations
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Les sites de Crowdsourcing se multiplient dans les domaines graphiques, que faut-il en penser ? Nouvelles opportunités ou exploitation organisée ?

Encore un nouveau mot anglais compliqué : la différence entre le crowdsourcing et le crowdfunding

Le crowdsourcing pourrait évoquer le crowdfunding, mais l’approche est totalement différente. Dans les deux cas, nous avons le mot foule (crowd), mais si funding vient nous préciser qu’il s’agit de fonds à lever, le mot sourcing évoque une source qui est elle bien moins limpide qu’il n’y paraît.

Le crowdfunding

Dans le crowdfunding, vous proposez un projet, en tant qu’artiste, et vous cherchez à réunir des fonds. Chaque contributeur reçoit une « récompense ». Si par exemple il s’agissait de réunir la somme nécessaire à un album bd, les contributeurs reçoivent, selon le montant de leur contribution, l’album, un tirage de luxe, l’album dédicacé, un original, etc. Personne n’est lésé car si vous ne réunissez pas la somme globale, aucun compte n’est débité. C’est un système gagnant/gagnant qui se développe avec succès et permet l’existence de projets sur des coups de cœur des internautes (exemples : Ulule, KissKissBankBank).

Nous avons donc ici un auteur/artiste pour plusieurs clients.

Le crowdsourcing

Dans le système de crowdsourcing, c’est le contraire. Un client dépose une offre, sous diverses formes et plusieurs créatifs travaillent pour lui. Mais ce n’est plus un système gagnant/gagnant puisque cette fois UNE seule personne sera payée, et toutes les autres auront été de charmants bénévoles.

Crowdsourcing : les concours de graphistes

Crowdsourcing : les concours de graphistes

Il est beau, il est pas cher mon logo ! Par ici m’sieur dames ! Un exemple de crowdsourcing.

Vous pouvez lire l’exemple d’une utilisatrice d’un de ces sites : 99designs.
www.lecoindesvoyageurs.fr

En résumé, Sylvie a eu un logo qui la satisfait pour 229 euros. Et pour ce prix, sous la forme d’un concours, elle aura reçu 200 propositions ! Quand on lit son article on voit qu’elle se pose des questions sur la rémunération des perdants, chose qui ne doit pas être très bien expliquée au client.

On peut dire déjà que 230 euros pour un logo, ce n’est pas cher. C’est vrai, mais tout dépend si ce logo a une vocation commerciale, s’il s’agit d’une association, etc. Dire qu’il faudrait au minimum le payer à un « prix d’agence » de plus de 2000 euros est une erreur, il est normal que quelqu’un qui a un petit budget ait des contraintes et personne ne vous oblige à travailler à un prix très bas.

Pépé, c’était mieux avant non ?

Avant et encore aujourd’hui, le client « au petit budget » demandait dans son entourage si on ne connaissait pas quelqu’un qui… ou un étudiant en arts graphiques qui… ou ce cousin qui bidouille toujours derrière Photoshop…

Puis, s’il ne trouvait pas, il regardait les pages jaunes, voire comme aujourd’hui des annuaires spécialisés comme Bepub. Ou cliquait sur les adwords de Google, enfin il obtenait des devis et choisissait un graphiste qui acceptait ce prix.

Avoir l’esprit de compétition c’est mal ?

On pourrait penser que le graphiste ou l’illustrateur refuse la compétition, ce qui pourtant n’a jamais été le cas. Les compétitions ou les appels d’offres existent depuis toujours dans nos métiers. Plusieurs cas de figures :

Un appel d’offre est lancé, un cahier des charges est rédigé, la sélection se faisant par la suite sur des devis et sur les prestations passées des fournisseurs.

Par exemple, une mairie m’a demandé un prix pour la réalisation d’affiches 4X3 portant sur la communication concernant une nouvelle piscine. Je fais donc une sélection de travaux (en plus de ceux que le prospect a déjà vu sur mon site, puisque la mairie a déjà fait une recherche) que j’accompagne d’un devis.

L’investissement du prestataire correspond donc au temps nécessaire pour monter un dossier (la sélection de travaux), puis au calcul et rédaction du devis. Tout cela gratuitement.

Une compétition est lancée, là aussi il y a un cahier des charges, une demande de devis (ou pas si le client a déjà défini un budget). Le prospect a fait une pré-sélection de graphistes/illustrateurs/agences, mais il leur demande cette fois de réaliser le travail dans ce que l’on appelle un « principe créatif ».

Reprenons l’exemple de la piscine, cette fois le client attend de voir une maquette texte et illustrations (même si ceux-ci ne sont pas définitifs) et, par exemple, toutes les illustrations en crayonnés, plus une finalisée.

Important : il est tout à fait normal qu’il y ait une rémunération de projet refusé pour ceux qui ne vont pas remporter la compétition. C’est une somme de dédommagement.

Plus important encore : la présélection du prospect/client ne se fait pas sur un grand nombre de prestataires. Un chiffre autour de 5 « presta » est normal.

Chaque prestataire va proposer en moyenne 3 axes créatifs. Le client va donc devoir choisir entre 3 x 5 = 15 créations.

Le crowdsourcing : une opportunité pour les graphistes et illustrateurs ?

Le crowdsourcing : une opportunité pour les graphistes et illustrateurs ?

Supposons que le client ne paye strictement que ceux qui remportent la « compète », il y aura donc 80% de travail non payé. Il faut donc déjà réfléchir un peu sur l’acceptation ou non de cette prise de risque et nos capacités à remporter le concours, la somme de dédommagement risquant de ne pas couvrir le vrai temps passé pour les candidats dont le projet a été refusé.

Exemple : j’ai remporté une compétition (4 prestataires) avec une maquettiste devant l’agence Publicis, car notre produit était mieux adapté. Par contre pour un logo où il y avait 50 prestataires interrogés, une de mes propositions est arrivée 3e, mais la médaille de bronze dans un cas comme ça ne sert à rien. J’étais créatif salarié à cette époque, je ne ferai jamais une compétition de ce style en travaillant pour mon compte comme aujourd’hui, car arriver premier au milieu de 50 x 3 = 150 logos, nécessite aussi un peu de chance !

Le mauvais chasseur, il a un fusil, il voit un truc qui bouge il tire. Le bon chasseur, il a un fusil, il voit un truc qui bouge il tire !

Je reprends cette phrase culte des INCONNUS, car on pourrait se poser la question de savoir pourquoi la compétition est bien ou mauvaise selon les cas.

1- Dans le témoignage cité, la cliente a eu 200 propositions qui lui ont coûté 230 euros, ce qui fait le logo à 4,30 €. De plus, elle a eu beaucoup d’échanges et de corrections, le gagnant a travaillé 4 jours, ce qui l’amène à un taux journalier de 50 euros à peu près (car en plus il ne va pas toucher les 230 euros dans son intégralité). Il a donc travaillé chaque jour pour une somme qui devrait être son prix pour UNE heure. Si vous désirez connaître des échelles de prix à la journée, vous pouvez les trouvez sur le site de Kob-one.

2- Le gagnant n’emporte pas le total du prix fixé, il y a une commission d’agence, et d’après tout ce que je lis, les conditions de cessation d’utilisation du travail ne sont pas obligatoirement respectueuses des lois qui protègent le travail artistique.

3- Vous n’êtes pas à l’abri d’un faux « client fauché » qui va se servir de votre travail soldé pour le faire retravailler par une agence. J’ai par exemple été interrogé pour le travail d’une mascotte (sous forme de déclinaisons), mascotte où l’on avait enlevé le nom. Grâce à la recherche d’image (le petit appareil photo) de Google Image, j’ai recherché des images analogues à cette mascotte, et j’ai découvert qu’il s’agissait juste de celle d’une entreprise leader mondiale dans son domaine ! L’agence qui m’avait contacté avait bien caché ce fait pour obtenir un prix au ras des pâquerettes, d’ailleurs, quand j’ai posé des questions en mentionnant le nom de l’entreprise, je n’ai plus eu de nouvelles…

4- Vous vous dites que ça peut être bien pour votre book même si c’est refusé ? Pensez à votre estime personnelle et l’état où elle sera après avoir fait des dizaines de concours sans rien remporter, et regardez la vidéo dans l’article ci-dessous qui vous explique qu’il y a d’autres sources pour alimenter votre book si vous débutez.

www.lesgraphisteries.com

Le crowdsourcing : une exploitation organisée ?

Le crowdsourcing : une exploitation organisée ?

5- Julien Moya, auteur d’un livre qui est une bible pour le graphiste indépendant, est très clair sur le travail non rémunéré. Lisez cette page en entier : www.kitdesurvie.metiers-graphiques.fr

Donc, oui, il y a des compétitions saines qui sont jouables et qui rémunèrent un minimum les participants, et non, il y a un système qui tire la création graphique vers le bas, alors même qu’en France elle a déjà un peu tendance à être mal perçue et rémunérée par beaucoup. Par exemple les gens qui disent « le logo de Nike, c’est trop facile à faire » et ne savent pas qu’avant d’arriver à un résultat marquant et viable sur de nombreuses années, il y a un VRAI travail derrière, alliant réflexion, créativité et beaucoup d’écoute des besoins du client. Pour ceux qui pensent qu’un logo, c’est facile à faire, je leur suggère d’en proposer un nouveau à Coca Cola et de leur expliquer pourquoi leur logo qui n’a pratiquement pas changé depuis 1886 est obsolète ! Bon courage !

Le ver est dans le fruit

Il est important que des clients potentiels lisent des articles sur la réalité du Crowdsourcing, afin qu’ils aient bien conscience de ce que cette démarche implique. Je comparerais cela à Sony qui a été contente de vendre plein de graveur de CD, des CD vierges, et qui, après, a vu ses ventes d’albums enregistrés chuter vertigineusement. Lancer une braderie du travail créatif par ce système de concours ne fait vivre personne, mais menace les professionnels. Seuls ces sites s’enrichissent. Il est possible d’avoir recours à ce type de concours, mais uniquement si une fois une compétition lancée, elle n’est réservée qu’à un petit type de compétiteurs.

Que va devenir cette pratique ? Difficile à prévoir, mais ce que vous pouvez faire en tant que graphiste ou illustrateur, c’est ne pas y participer.

Jean-Paul Aussel

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    Publié par : le 02 Sep 2015

    7 commentaires :

    1. PREVOT

      Il faudrait légiférer sur ces pratiques, encadrer. Malheureusement, l’année dernière, Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du Numérique, encourageait le travail gratuit.
      http://www.lesgraphisteries.com/2014/05/30/axelle-lemaire-encourage-le-travail-gratuit-chez-creads/

    2. Kumagraphic

      Merci M.AUSSEL
      pour cet article très instructif et pourtant si vrai sur les conditions de travail du graphiste indépendant.
      Le bémol ne viendrait-il pas aussi de la vulgarisation d’un métier qui nécessite un apprentissage abouti et non seulement une maitrise douteuse de la suite adobe?
      Cordialement

    3. Brejon

      *kisskissbankbank avec des K 😉

    4. Brejon

      Ah ah, très fort les inconnus !!

    5. Brejon

      Gros gros Big up cher prof pour cet article que je Share d’ors et déjà !

    6. Brejon

      Oups, on corrige ça !

    7. Jean-Paul Aussel

      Merci PREVOT pour votre lien vers l’article(LEMAIRE), les bras m’en tombent ce qui n’est vraiment pas une chose qui facilite la tenue d’un crayon ; )
      Jean-Paul le prof illustrateur. prof-ill.com

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