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C’est quoi une illustration ?Blog Lignes et Formations
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En corrigeant les devoirs et les propositions de book que nous recevons à l’école, on voit parfois une mauvaise interprétation de ce qu’est une illustration.

Oui, l’illustration est cousine de la peinture, mais…

Qu’est-ce que la peinture ? Je reviens encore à la définition de Maurice Denis, peintre du mouvement nabi :
« Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »

Cette définition rappelle qu’avant tout un tableau est une surface peinte de façon composée, et, de façon secondaire elle va évoquer un sujet, ou être reliée à une histoire.

Or si l’illustration partage globalement les mêmes techniques que la peinture, la justification de son existence se rapporte toujours à un thème présenté de façon partiale, ou une portion d’histoire plus ou moins grande.

L’art purement abstrait vite « hors-jeu »

Picasso a dit que l’art abstrait n’existe pas, puisqu’il présente tout de même des figures (des formes géométriques ou pas, mais des formes). Néanmoins, nous parlerons ici d’un art où l’œil ne peut pas trouver des symbolisations se rapportant au réel visible pour définir l’abstraction. On trouve néanmoins parfois des couvertures de livres qui sont purement abstraites, mais c’est tout de même rare (sauf dans certaines collections techniques), et si l’on prend par exemple cette couverture d’un livre de Nietzsche : on peut voir que le fond est assez vite assimilable à des flammes et donc à l’enfer évoqué dans le titre.

C’est quoi une illustration ?

C’est quoi une illustration ?

Le sujet pour l’amour du sujet « sur la touche »

Prenons l’exemple d’un genre phare dans la peinture : le portrait. Un peintre peint ou peignait des portraits pour exprimer avant tout sa façon à lui de représenter un modèle. On voit très bien dans les femmes peintes par De Vinci des ressemblances qui correspondent à son idéal. De même quand Picasso peint « la femme qui pleure », il exprime plus sa vision personnelle et plastique, que la perte par le modèle d’un membre de sa famille lors du bombardement de Guernica.
Quand Manet peint les nymphéas, il n’y a pas d’histoire, d’anecdote autour du thème : ce qui l’intéresse c’est de traiter la question de la nature d’une façon nouvelle, moins précise, mais plus sensible que les artistes qui l’ont précédé.
Souvent la peinture traite ainsi de sujets éternels, le portrait, la nature morte, la nature, le nu, que l’artiste revisite par rapport à son style, enfant d’une personnalité et d’une époque.

La peinture thématique ou historique

Mais la peinture peut aussi (sans que ce soit une obligation) avoir pour sujet l’anecdote dont parle Maurice Denis. Nous avons alors « Napoléon au pont d’Arcole » de David, « La Cène » de De Vinci, pour évoquer l’histoire avec un grand « H », les scènes religieuses, ou des choses plus légères comme « Le déjeuner des canotiers » de Monet, ou le fameux « Nighthawks » d’Edward Hopper.

C’est quoi une illustration ?

C’est quoi une illustration ?
Nighthawks d’Edward Hopper

Dans ce cas là, on peut tout à fait comparer l’illustration et la peinture.

Résumons les différents cas, en incluant la bande dessinée

  1. Peinture, dessin ou illustration sans thématique, sans lien avec une narration : seul le style de l’artiste transmet quelque chose. Mais que Cézanne peigne une pomme ou un visage, il le fait de la même manière
  2. Peinture, dessin ou illustration sur un thème (la liberté, les OGM, l’amour, la chandeleur, etc.) tout est possible, humoristique ou pas, cette fois, en plus du style de l’artiste, il y a la façon dont celui-ci perçoit ce thème, son regard d’être humain et pas seulement d’artiste.
  3. Peinture, dessin ou illustration qui relatent une action précise, un événement. Le couronnement d’un roi ou l’illustration d’un conte. Cette fois, l’artiste doit bien relier son travail aux éléments du texte.

L’illustrateur ou le peintre peut prendre la liberté de travailler de façon symbolique (mais ce n’est pas une obligation), alors que le dessinateur de bd devra lui choisir un « arrêt sur image » plausible (la case symbolique peut vite être pesante au niveau de la narration).

Exemple : le conte de la Princesse au Petit Pois.

  1. L’illustrateur peut représenter un prince à cheval qui fait le tour de la Terre avec des princesses qui volent autour de lui.
  2. Le dessinateur de bd fera un cadrage réaliste sur le prince à cheval, dépité, avec une princesse au loin par exemple.

Ici dans l’illustration sur le cirque de l’élève Lucie Mandin, les proportions sont fausses, mais ce qui compte c’est que tous les personnages sont inclus dans le cercle du rideau. De même que le dessin assez réaliste du clown se mélange avec celui beaucoup plus humoristique de l’éléphant. Et tout fonctionne.

C’est quoi une illustration ?

C’est quoi une illustration ? ©Lucie Mandin

Inversement, sur le même thème, l’élève Katia Riva-Marfaing présente un point de vue assez réaliste dans le cadrage et la composition. S’il s’agit bien d’une illustration, elle pourrait tout aussi bien être une case de bd, il suffirait de rajouter des bulles, ce qui n’est pas possible dans l’illustration précédente.

C’est quoi une illustration

C’est quoi une illustration ?
©Katia Riva-Marfaing

Et dans le book alors ? … Que de l’illustration

Alors, ne faites pas l’erreur de présenter dans votre book des dessins, peintures qui feraient partie uniquement de la catégorie « ART pur ». Un autoportrait, un paysage, un nu, etc., aussi réussis soient-ils ne sont pas de l’illustration et ne permettront pas à un éditeur de voir comment vous vous y prenez pour illustrer un thème.
Pensez qu’il suffit de peu de choses pour transformer un dessin d’art plastique en illustration.
Vous voulez dessiner une falaise bretonne. Très bien. Mais si vous rajoutez à côté d’un rocher, un livre ouvert et une chaussure, cela devient une illustration :

  • Pourquoi ce livre abandonné ? Pourquoi une chaussure seule ? Y avait-il un personnage qui lisait et un autre qui a perdu la chaussure, ou un seul ? Le(s) personnage(s) est-il hors champ et absent pour une minute, ou a-t-il sauté ?

Car ces deux éléments montrent bien qu’il y a une histoire autour de cette falaise.

Maintenant, reprenons la falaise en y dessinant des ruines celtiques gravées qui s’effritent et tombent dans la mer :

  • Nous avons là une illustration symbolisant la disparition de la culture bretonne petit à petit, avalée par l’océan du modernisme. (Attention chers amis bretons, c’est le dessinateur qui exprime un point de vue, pas moi !)

Pour le dessinateur bd, c’est la même chose, son book doit avant tout contenir des pages de bd, et des croquis liés à son univers, ainsi que des illustrations éventuelles, mais pas de simples démonstrations de sa capacité prodigieuse à dessiner les chats, ni même à recopier les œuvres de son maître Mangaka. La copie (voir mon article : Arts graphiques : Apprenez des pros !) est source de progrès dans l’apprentissage, mais n’est nullement une fin en soi et doit être bannie de tout book.
Pensez-y dès maintenant, et votre book vous remerciera.

Jean-Paul Aussel

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    Publié par : le 04 Juil 2016

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